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LITTERATURE ET ARTS, INTERMEDIALITE / LITERATURE AND THE ARTS, INTERMEDIALITY

LES CREATEURS, LA CRITIQUE ET LE DIALOGUE DES ARTS

Depuis ses débuts, la création littéraire renvoie à d'autres domaines de création pour essayer de mieux se comprendre, pour se légitimer, pour proposer des paradigmes, ne citant que quelques possibilités. Le but de ce groupe de travail est de réfléchir autour des propositions critiques qui résultent de ce regard que les créateurs portent aux travaux d'autrui, à d'autres créateurs. La perspective comparatiste serait donc objet d'analyse, dans la mesure où elle se donnerait à lire en tant que pratique moyennant le dialogue entre les arts: les écrivains qui écrivent sur les arts plastiques, sur la musique, le cinéma, mais aussi les metteurs en scène sur la littérature, aussi bien que toute sorte de combinaisons possibles (y inclus les écrivains qui écrivent sur d'autres écrivains). La critique et la théorie littéraire auront connu, le long des presque deux siècles d'activités, les effets produits par Le peintre de la vie moderne, pour ne citer qu'un exemple largement répandu, qui reste d'autant plus important pour une réflexion sur la théorie de l'art, mais aussi de la littérature, plus qu'une analyse spécifique d'un peintre auquel on porte un intérêt mineur. Nous connaissons également les échos critiques produits par les écrits de Borges sur Cervantes ou sur Flaubert, en ce qui concerne les théories de la lecture, mais aussi sur la création littéraire proprement dite. N'oublions pas le texte référentiel produit par Proust concernant le style de Flaubert et ses effets pour la pratique critique. Il s'agit, donc, d'une proposition qui pose un débat sur la pratique comparatiste comme inhérente à tout travail de création et comme pratique-objet d'analyse. Le regard qui privilégie les pratiques des créateurs permet un large recouvrement diachronique qui pourra, sans doute, aider les critiques à organiser un état des lieux pour la question de la création aujourd'hui.

 

COMPARATISME ET INTERMEDIALITE

L’étude des relations entre la littérature et les autres formes d’expression artistique constitue une branche de l’intermédialité, une discipline relativement jeune que l’on peut définir de façon générale comme l’étude des relations entre des objets relevant de média considérés traditionnellement comme distincts. Cette discipline peut être abordée sous différents angles : comme conjonction de plusieurs média (ex : la bande-dessinée), comme recyclage dans une pratique médiatique d'autres pratiques médiatiques (ex : le cinéma qui conjugue systèmes visuels et auditifs verbaux et non-verbaux), comme adaptation (ex : l’écriture tributaire de la technique du collage héritée des arts plastiques), comme convergence, comme interaction, comme emprunt, comme assimilation progressive, etc. Quoique les études intermédiales impliquent des comparaisons, elles ne sont pas pour autant l’apanage des comparatistes. Au contraire, ce sont d’abord les chercheurs en littérature nationale qui se sont penchés sur la question des relations entre la littérature de leur aire culturelle de spécialisation et les autres langages artistiques, entraînant un cloisonnement national de la discipline. Or, la pratique intermédiale ne varie pas seulement dans le temps, en fonction des époques et des avancées techniques, elle est également affaire de culture : les pays de tradition protestante abordent-ils la relation texte-image de la même manière que les pays de tradition catholique ? Le cinéma a-t-il eu sur l’écriture une portée semblable dans les aires européenne, africaine, américaine, etc. ? La combinaison texte-musique a-t-elle été exploitée de façon plus systématique dans une aire culturelle donnée ? La réception d’une oeuvre (littéraire, graphique etc.) est-elle plus facilement intermédiale à l’étranger que dans son pays d’origine ? Les pratiques théâtrales sont-elles plus ou moins intermédiales selon les cultures ? Notre séminaire aura pour but de montrer en quoi l’approche critique comparatiste, entendue comme l’étude des relations entre des objets issus d’aires culturelles différentes, est susceptible d’enrichir et d’éclairer sous un jour nouveau les études intermédiales, comprises ici au sens strict des relations entre la littérature et les autres formes d’expression artistique. Les propositions de communication devront porter sur des objets issus d’aires culturelles et/ou linguistiques différentes, quelle que soit l’époque retenue, et prendre en compte au moins deux média différents, dont la littérature.

 

LES ARTS DE L’IMAGE ET LE COMPARATISME

Université partenaire organisatrice: Université de Poitiers

Les arts de l’image et le comparatisme : le champ des interactions artistiques et des relations multiples de l’écrit et de l’image constitue un domaine fécond pour le comparatisme. Dans une approche métacritique on peut s’interroger sur la constitution de ses outils d’analyse et de ses méthodes et notamment sur les discours interdisciplinaires qui ont fait dialoguer théorie littéraire et théories de l’image, histoire de l’art et anthropologie, et aujourd’hui sciences humaines et technologie. On peut également envisager le renouvellement de ces paradigmes critiques au contact de formes artistiques aujourd’hui saillantes, comme la bande dessinée, en émergence, comme les textualités numériques ou les arts vidéoludique, ou théoriques comme les analyses de la fictionalité ou les théories de la réception, communes ou différentes selon leurs expressions médiatiques (cinéma, littérature, arts numériques, jeux)
1/ Adaptation et poétique comparée : La voie royale des relations de la littérature et du cinéma a longtemps été la question de l’adaptation des textes littéraires au cinéma : elle s’ouvre aujourd’hui à d’autres translations médiatiques (jeu, bande dessinée, arts de la scène et installation numériques). Comment poser cette question en tenant compte des formes spécifiques des médias respectifs et ne pas poser dans une relation de secondarité esthétique les arts visuels ? Quelles pratiques de recherche et d’enseignement sont également impliquées par l’approche transartistiques dans le contexte du comparatisme ?
2/ L’autre numérique : comparatisme et nouvelle textualité. Un Autre numérique de la littérature et du livre semble se manifester désormais, que l’on s’en effraie, s’en désole ou s’en félicite. Quelles sont les formes d’écriture qui surgissent du monde numérique, les pratiques de lecture en régime dématérialisé et hypertextuel ? Quelles sont les incidences des NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication) sur les pratiques et les méthodologies de la recherche (archivage, indexation, consultation, etc). Comment enseigner la littérature au digital natives, sur quel support, dans quel contexte épistémologique, quant les médias visuels désormais dominent? On pourra également s’interroger sur les formes de discours théoriques les plus à même aujourd’hui de saisir ces mutations (théorie littéraire, philosophie des technologies, sociologie, esthétique, arts numériques, cultural studies, etc.) et leurs interactions possibles. Egalement, la réflexion pourra porter sur la mise en scène et le contenu des discours qui promeuvent avec euphorie et conviction cette évolution des formes du texte et du livre et de ceux qui s’en émeuvent pour la déplorer, et parfois l’inscrire dans le contexte idéologique d’une crise déterminante de la Culture.
3/ Culture graphique : animation et univers vidéoludique Aux côtés des arts visuels institutionnels (peinture et cinéma, notamment) se sont développés depuis trois décennies ce que l’on tend à considérer aujourd’hui comme des arts ludiques où le récit séquentiel, la narration interactive et la evendication conjointe du dessin figuratif ou hyperréaliste et des mondes imaginaires proposent des configurations imaginaires aujourd’hui dominantes. Les chiffres de diffusion des produits vidéoludiques sont désormais supérieurs à ceux du cinéma. Le cinéma d’animation excède désormais tout à fait le divertissement à destination du jeune public. Ces formes ne renoncent ni à la fiction ni au récit, mais les articulent à l’expérimentation graphique et technologique, à l’interaction et à des régimes sémiotiques conjoints (langage, textes, sons, mouvements, images, codes et scénarisations, etc). Hautement réflexifs et transtextuels, les univers de l’animation et du jeu citent et ressassent en les réinventant les objets d’une culture tout à la fois mondialisée et, chez certains créateurs, complexe et émancipatrice. Le champ littéraire contemporain est-il le territoire lointain d’une résistance à ces pratiques désormais dominantes, ou bien des interactions neuves entre ces domaines se dessinent-t-elles?
4/ Les paradigmes de l’immersion : la notion d’immersion fictionnelle est au coeur d’un certain nombre de description des faits fictionnels et joue un rôle essentiel dans les théories récentes de la lecture littéraire ou non. Mais comment poser cette question aujourd’hui, et notamment celles des mondes possibles et de leur consistance, sans prendre en compte les formes différentes d’immersions que constituent les dispositifs spécifiques du cinéma, du jeux vidéo, de l’installation en arts plastiques et notamment numériques, dans le spectacle vivant et notamment les nouvelles formes d’utilisation du son? Les sciences cognitives, les théories de la lecture empathique reposent à nouveaux frais les caractérisations strictement littéraires de la lecture, notamment en explorant l’hypothèse des valeurs objectives de l’immersion. Comment comprendre l’expérience fictionnelle dans une offre culturelle qui la pluralise dans ses formes de réalisations sur un spectateur/lecteur/utilisateur ? Cela revient-il à pluraliser les formes et les conditions de l’expérience de la fiction, ou au contraire, envisager une fiction générale débordant les formes de ses réalisations médiatiques spécifiques?
5/ Quel comparatisme pour la bande dessinée ? La France et la Belgique ont été particulièrement productives en matières de théorisation et d’analyse de la bande dessinée, tant dans ses aspects historiques que théoriques. Quelles perspectives une approche comparatiste peut-elle apporter au champ d’étude du récit séquentiel ? Comment faire dialoguer les formes d’analyses graphiques, narratives, historiques et les discours de la transmédiation et de l’intertextualité, ces derniers étant issus en grande partie des études cinématographiques et médiatiques, et des études littéraires. En cours d’institutionnalisation dans les études académiques, les réflexions sur le roman graphique posent-elles en matière de relation à la littérature et plus largement d’axiologie les questions dans des termes analogues à ceux qu’ont connu les études antérieures des paralittétatures et du cinéma ? La bande dessinée relève-t-elle d’une approche qui serait plus spécifiquement celle des études culturelles ou bien peut-elle dialoguer avec les formes littéraires et cinématographiques sur le terrain de la poétique ?