Liste des ateliers




LITTERATURE ET SCIENCES HUMAINES / LITERATURE AND SOCIAL SCIENCES

RELIGION AND THE NOVEL

This panel examines the role of religion and /or ethics in the novel from a comparative perspective. It argues that perhaps the most common feature of the novel can be found in its relationship to transcendence, i.e. the effort to imitate and/or replace the cosmic creation and to present to the reader a complete (in as far as possible) portrait of reality as a whole. A core group of papers (summaries below) will be supplemented by an open call for papers from the membership as a whole. This panel consists of a group of people interested in the formation of a new research committee on Religion and Ethics which we hope to form out of this panel.

 

LITERATURES OF EMOTION

New trends of research concentrating on human emotions have enhanced new approaches exploring the relationship of emotions and various forms of symbolical representation. From this, new ways of dealing with emotions and literature have emerged. The fact that literary representations describe emotions through literary characters whose imaginary lives have a lot to do with experiencing and handling emotions is obvious but what has not been systematically explored is how literature and various genres of literature both inspire and engender emotions in readers. That literary works affect readers and arouse emotions was of course recognised already by Plato and Aristotle but how to study literary works and particular genres from this perspective has not focused upon in literary theory and the potential that the study of emotional aspects of literature could bring to comparative studies has not been explored. The seminar we propose tackles the issue of literatures of emotion or the representations and engendering of emotions by literary texts from three different angles:
1) The cognitive role of emotions in literature. Martha Nussbaum claims a cognitive import to emotions seeing them”as intelligent responses to the perception of value”. Her approach emphasizes not only the importance of emotions as such but their role in our system of ethical reasoning that stems from this view on emotions. Inspired by Nussbaum we ask what kind of role we can ascribe literature in providing us with the knowledge of emotions by its imaginative depiction and narration of emotional situations and characters’ emotions. But we may also move on from her positions to inquire what are the culturally or historically changing aspects involved in the process.
2) Literary genres and emotional effects. Aristotle connected tragic plots to their purported emotional effects by the requirement that a well-made tragic plot was supposed to engender pity and fear and somehow achieve the “purification” (catharsis) of these emotions as well. But can we develop a more general “typology” of genre-typical effects? We may at least move in this direction: in fantasy and horror genres the emotions experienced by the protagonists with whom the readers or audiences identify seem to propagate their emotional states onto the audience etc. And we need to spell out the requirements for a comparative study of the genres in this respect.3) Metaphors (or other figurative uses of language) and emotions: If metaphors mean understanding one thing through another they can also be said to involve emotions transferred from the “image” to the thing described by the metaphorical expression. Things that are either attractive or repulsive to us make the often abstract things referred to by the metaphorical expressions partake the emotions. But if we compare culturally or historically very different texts, can we discern something like a differential poetics of metaphor?

 

POUR UN COMPARATISME CULTURALISTE

FOR A CULTURALIST COMPARATISM

Université de Bourgogne, Centre Pluridisciplinaire Textes et Cultures (CPTC, EA 4178), Université de Haute Alsace, Institut de Recherche en Langues et Littératures Européennes (ILLE, EA 4363)

Nous connaissons l’énorme succès des Cultural Studies aux États-Unis depuis une trentaine d’années ; nous connaissons aussi leur propension par la suite en Europe, avec toutefois l’exception de la France, clairement en retrait en raison de sa réticence extrême à ces nouvelles théories. Aujourd’hui pourtant, notre pays a commencé à s’ouvrir aux études culturelles. Les Postcolonial Studies ou les Gender Studies font désormais partie du paysage de la recherche hexagonale, bien qu’à un degré moindre en comparaison d’autres nations. Nous voudrions profiter de ce groupe de travail pour nous interroger, dans la lignée du Congrès de la SFLGC « Études culturelles, anthropologie culturelle et comparatisme » qui s’était tenu à l’Université de Bourgogne en 2008, sur l’enrichissement mutuel des études culturelles et de la méthode comparatiste. Le comparatisme se doit en effet de définir avec précision son aire d’intersection avec les études culturelles et à cette fin il lui faut à la fois AILC / récupérer une part de sa tradition et se renouveler dans sa dimension critique. C’est cette aire d’intersection que nous voudrions inviter les participants à étudier dans ce groupe de travail, en réfléchissant à la possibilité et à l’intérêt d’un comparatisme culturaliste. Si l’on observe la question d’un point de vue méthodologique, les études culturelles semblent en mesure de permettre un élargissement du champ de recherches comparatiste. Grâce à elles, ce dernier peut s’ouvrir davantage à des domaines autres que strictement littéraires ou artistiques, mais dans le but d’éclairer ces domaines, qui sont ses objets d’étude. N’oublions d’ailleurs pas que cette perspective interdisciplinaire est l’une de ses vocations. Le propre du comparatisme est en outre la compréhension du monde à travers la littérature, et les études culturelles, qui permettent aussi une anthropologie en mettant au jour des invariants humains, peuvent le servir dans cette voie. La raison fréquemment invoquée pour laquelle l’université française aurait été récalcitrante à la pénétration des études culturelles est l’importance des concepts d’individu et d’universel (la tradition littéraire ayant elle-même imposé des modèles de pensée dont il est aujourd’hui encore très difficile de se défaire : l’humanisme, les moralistes du XVIIème siècle, la pensée des Lumières). Si un tel argument est valable pour des théories comme les minority studies, il l’est beaucoup moins lorsqu’il est question d’études de la culture populaire ou des médias. D’autant plus que nous possédons en France une certaine tradition comparatiste, fondée sur l’histoire des idées, sur l’histoire culturelle ou sur l’histoire des mentalités, propre à recouper directement les perspectives des études culturelles. Suite à ces prémices méthodologiques, nous vous proposons ci-dessous deux axes de réflexion que nous voudrions voir développés à l’occasion de ces séances de séminaire :
- L’élargissement du concept de culture, fondé sur la prise en compte de la culture populaire et / ou de masse Pour répondre à la critique concernant la place que les études culturelles octroient aux formes populaires de la culture, nous aimerions montrer combien il peut être fructueux de mettre en rapport des oeuvres de la culture élitiste et d’autres de la culture populaire et / ou de masse lorsque celles-ci ont les mêmes enjeux. Comme le soulignait Antonio Dominguez Leiva dans l’avant-propos du premier volume d’Études culturelles, anthropologie culturelle et comparatisme, « [l]a dynamique des cultures populaires et des cultures savantes ne peut se comprendre, au risque d’un appauvrissement de l’horizon critique, comme un pur antagonisme […], c’est le propre de la littérature occidentale […] de se renouveler par le recours à des formes « populaires », […] l’hybridation du « bas » et du « haut » culturels est, dans la création littéraire, une constante trop souvent négligée, que le culturalisme littéraire se doit de confronter. […] Par ailleurs, c’est un des traits principaux de la post-modernité que d’avoir fusionné, de façon indivisible, le populaire et l’élitaire […] [Toutefois, cette fusion ne signifie pas pour autant qu’il faille] céder à la célébration du « tout-médiatique ». […] Le spectre d’un nivellement où tout se vaut […] est tout autant nuisible que l’ineptie d’un rejet en bloc des cultures de la postmodernité » (A. Dominguez Leiva, « Faut-il avoir peur des “études culturelles” ? Avant-propos polyphonique », in Études culturelles, anthropologie culturelle et comparatisme, Dijon, Les éditions du Murmure, Centre Pluridsiciplinaire Textes et Cultures, EA 4178, volume 1, p. 13-4.) Nous voudrions donc montrer que l’élargissement du concept de culture nous semble nécessaire, à condition que la comparaison entre des oeuvres issues de différentes strates culturelles ne se résolve pas en un oubli des écarts qui séparent ces dernières.
- Le maintien du texte littéraire au centre des analyses Il n’en demeure pas moins que le comparatisme doit conserver le texte littéraire au centre des préoccupations de la recherche. De leur côté, les études culturelles doivent permettre de rappeler qu’aucun texte n’est réductible à une structure et que le comparatisme doit donc se garder de n’être qu’un formalisme. Extrêmement prégnant dans l’hexagone, surtout depuis le Nouveau Roman et le structuralisme (au point que certains se sont demandé si l’arrivée des Cultural Studies jusqu’aux départements de lettres français n’était pas une revanche du marxisme sur ce formalisme), celui-ci mériterait en effet d’être dépassé et le culturalisme pourrait autoriser ce dépassement. Le comparatisme culturaliste aurait ainsi la possibilité de conserver l’écriture au coeur de sa démarche et de sa pratique tout en redéfinissant ce qu’est et doit être l’analyse littéraire. Nous souhaitons donc des propositions témoignant de cette ouverture de la littérature comparée aux productions littéraires issues de toutes strates culturelles, sans céder à la tentation du nivellement et sans oublier que le texte littéraire doit rester le pivot de la littérature générale et comparée.

 

AFFECTIVE SPACES.

THEORIZING SPACE AND EMOTION IN LITERATURE

Be it the decaying castles in Edgar Allan Poe, the bizarre architectures in Franz Kafka or the claustrophobic interiors in Samuel Beckett: the feelings and emotions of literary figures are frequently represented through spatial configurations. Despite an increasing body of research (mostly case studies) exploring the relation between spatial depictions and emotion (cf. Gertrud Lehnert), we still lack a profound theoretical and methodological foundation to analyze the range of different possibilities that literary texts possess to convey emotions through spatial tropes. This seminar seeks to fill this theoretical and methodological gap. Combining dynamic concepts of space (cf. Liz Bondy) with recent approaches to literary emotions (cf. Simone Winko), we seek to elaborate new instruments to theorize the notion of 'affective spaces' in literature. The seminar will consist of four sessions (three panels plus closing discussion): The first panel, “Theorizing Affective Spaces,” seeks to elaborate on possible theoretical foundations and to develop analytical tools in order to designate textual means of interrelating space and emotion. The second and third panel will provide complementary approaches to the subject by focusing on a) spatial and b) emotional representations. In the second panel “Literary Interiors,” we will analyze the representation of interior spaces and the diverse functions they can assume in order to convey certain feelings. In the third panel “Spaces of Anxiety,” we will focus on one distinct emotion and investigate how it can be spatialized in different ways. Especially in modern times when anxiety is regarded as an almost omnipresent while at the same time diffuse feeling, the category of space often becomes crucial to the indirect expression of this existential emotion. Thus, the feeling of anxiety will serve as a powerful showcase for more general considerations regarding possible ways of interrelating emotion and space. In a closing discussion the results of the three panels will be assembled and reviewed.

 

L'ALTERITE COMME DIMENSION CONSUBSTANTIELLE

CONSTITUTIVE DE LA COMPARAISON:

POUR UNE CONSCIENCE VRAIMENT COMPARATIVE

"Au départ, la littérature comparée procède d'une prise de conscience, donc d'une problématisation, de la dimension étrangère dans un texte, chez un écrivain, dans une culture. À mes yeux, en effet, la question de l'altérité est constitutive de la discipline ; elle lui est même consubstantielle." (Daniel Henri Pageaux)

Si M. -F. Guyard exprime que "j'aimerais, plutôt que de le réviser, le récrire: non que mes options aient beaucoup changé; il me semble simplement que je les présenterais avec moins d’assurance et plus de sûreté, peut-être" pour la sixième édition de La Littérature comparée (1975), Yves Chevrel pose directement la question de "Pourquoi la littérature comparée?" pour introduire la cinquième édition de sa Littérature comparée "refondue" (2006) avec plus d’assurance et plus de sûreté, peut-être. Pourquoi la littérature comparée? C’est un questionnement pertinent pour la discipline au moment où (et pour toujours, peut-être) l'on analyse sa condition actuelle comme celle d’une crise la poussant de "Charybde en Scylla". On pourrait se demander pourquoi ici l’usage du terme "pertinent"? Parce que ce questionnement sert de guide à l'argumentation sur la dualité de la condition politiquement créée et continue par l'indifférence à cette dualité: la littérature comparée, marginalisée en tant que discipline à part entière mais en même temps plébiscitée en tant que perspective exigeante, très spécialement à l'âge du multiculturalisme contemporain. On se demande ici à quel point cette situation autour de la dualité peut être inquiétante, ignorée des non-comparatistes et négligée des (pseudo-)comparatistes, ou bien ignorée des (pseudo-)comparatistes et négligée des non-comparatistes. La question à se poser est comment caractériser et mettre en valeur le multiculturalisme qui est au coeur de cette dualité. Il est intéressant de noter que les études culturelles s’affichent comme "comparative cultural studies" (dans le titre du programme d'enseignement) et donc comme un des domaines où s’élabore le comparatisme à l'âge du multiculturalisme contemporain. Ce genre de programme prétend assurer le comparatisme mais n’a de fait aucun rapport avec celui-ci. C'est ainsi qu'ici le comparatisme comme science comparative est abusé et maltraité consciemment et inconsciemment dans le cadre témérairement étendu des études culturelles. La diversité culturelle "multiculturelle", étant considérée comme condition suffisante pour être une science comparative, semble inappropriée pour qualifier le comparatisme. Par conséquent il semble qu’il y ait une confusion totale entre la méthode comparative et les éléments constitutifs du corpus littéraire et culturel. D’où cet appel inquiet à la conscience vraiment comparative: il faudrait que le comparatisme gagne sa propre position légitime en tant que science comparative des études littéraires et culturelles. J'aimerais bien vouloir inviter les comparatistes à participer à l'atelier de réflexion avec les arguments suivants:
1. pour une discussion sur les aspects spécifiques du comparatisme maltraité à l'âge du multiculturalisme
2. pour une discussion sur la volonté de la théorisation culturelle qui s'éloigne du contexte historique de l'esthétique littéraire
3. pour instaurer une éthique du comparatisme conformément à la raison d'être de la méthode exclusivement comparativiste indispensable à l'approche critique.
Pour atteindre le noyau du comparatisme, je propose d'utiliser la notion de l'altérité qui comprend en même temps la particularité et la généralité, ou bien la différence et la similarité dans les oeuvres littéraires d'ici et d'ailleurs.

 

ETHNOLITERATURE AND ETHNOPOETICS

If Comparative Literature (as the Call for Papers declares) considers literary texts in terms of their relations to what is ‘beyond’ literature, it should pay special attention to modes of writing that are inherently ‘transliterary’, so to speak, that attempt to reach out beyond the confines of the literary in order to confront some ‘other’ which is treated as a source of regeneration or enlightenment. One such mode of writing is the genre of ethnoliterature. The ‘Writing Culture’-debate of the 1980’s and 1990’s alerted scholars of diverse disciplines to the ‘literariness’ of modern ethnography and to the ethnographical dimension of modern literature. Ethnoliterature systematically explores the boundary zone between literature and ethnography, between fiction and factual description, between autobiography and the scientific observation of the other. Moreover, ethnoliterature is intrinsically comparative. It compares different cultures and their symbolic systems, often from a radically subjective or idiosyncratic perspective, thus applying a specifically literary technique of comparison. Ethnoliterature is comparative literature in a literal, emphatic sense of the term. In this panel, we intend to analyze the genre of ethnoliterature from a historical and systematic point of view. Possible areas of investigation include (but are not limited to):
- the beginnings of ethnoliterature in the era of European colonial expansion and in the enlightenment;
- key figures of modern ethnoliterature (e.g. Richard Burton, Michel Leiris, Hubert Fichte…);
- ethnoliterature and the literary avantgarde (e.g. post-surrealist ethnoliterature – the ‘Documents’-group etc.);
- ethnoliterature and (post-)colonialism;
- subgenres of ethnoliterature, e.g. (fictional and non-fictional) travel writing, autoethnography etc.;
- modes of ethnoliterary comparison;
- the literary adaptation of ethnological and anthropological concepts (e.g. the notion of ‘sacrifice’ in modern tragedy; the notion of ‘the sacred’ in Leiris and Bataille);
- collaborations between ethnographers and writers/artists;
- ethnoliterature and the other artistic media: ethnomusic, ethnoart etc.

 

LITTERATURE ET ANTHROPOLOGIE DU QUOTIDIEN

LITERATURE AND ANTHROPOLOGY OF EVERYDAY LIFE

Le groupe MARGE (Université Jean Moulin-Lyon 3) propose un groupe de travail sur littérature et anthropologie du quotidien, réparti sur trois ou quatre séances. Le comparatisme en littérature est donc ici entendu comme approche critique fondée sur un dialogue, mais peut-être aussi sur une « négociation », entre description des textes et des oeuvres par les outils propres de l’analyse littéraire (la poétique) et description des textes littéraires et des objets qu’ils représentent par les outils de l’anthropologie culturelle (cf. axes 1 et 4 du document de présentation du Congrès). Si toute oeuvre parle peu ou prou du monde social et culturel dans lequel elle est produite, « la véritable connaissance des phénomènes littéraires eux-mêmes ne peut négliger tout à fait les conditions anthropologiques de la production et de la réception de l’oeuvre », comme le rappelait opportunément Rémi Astruc dans sa contribution au XXXVe Congrès de la SFLGC centré sur « anthropologie et études culturelles » (Dijon, 2008). Dans le sillage des travaux menés par plusieurs membres du groupe MARGE en 2010-2011, on aimerait plus particulièrement axer la réflexion sur les relations de la littérature et de ce qu’on peut appeler une « anthropologie du quotidien ». La promotion de la notion de « quotidien », au rang d’objet digne d’études, par l’école des Annales, les retombées épistémologiques du comparatisme de l’anthropologie structurale dans l’ensemble des sciences humaines, entre autres dans le courant des « études culturelles » à l’anglo-saxonne – qui remettent radicalement en cause, souvent de manière polémique, la stabilité des valeurs culturelles – invitent à revisiter les objets textuels et iconiques du XVIe siècle à nos jours, sous l’angle des « manières de faire », rites et pratiques constitutifs du quotidien. Si certains types de textes, longtemps minorés dans le canon esthétique, accordant une place manifeste à la perception de ce qui fait l’ordinaire de l’existence (mémoires, journaux, lettres, récits de voyage) trouvent sans doute une place privilégiée dans le corpus servant de « terrain » à ce type d’approche, toute oeuvre littéraire, mettant en oeuvre une représentation et une perception du quotidien, du « commun », voire du « banal », et dont la compréhension peut être éclairée par une description de type socio-anthropologique, peut être prise en compte, quelle que soit son appartenance générique. Toute une série de questions, aussi bien poétiques que méthodologiques, méritent d’être posées : comment et dans quelle perspective les oeuvres littéraires entendent-elles recenser et décrire des objets du quotidien ? Dans le cas des oeuvres de la modernité, ces dernières dialoguent-elles alors explicitement ou implicitement avec des travaux d’éthnologie, d’anthropologie ou de sociologie, leur empruntant parfois une méthode ? L’inscription des pratiques ordinaires dans le texte littéraire vise-t-elle essentiellement à transmettre une connaissance de type socio-anthropologique sur le mode du reflet ou dit-elle plus, nous fait-elle connaître quelque chose qui serait spécifique à la littérature ? Enfin, pour le chercheur, avec quels outils analyser dans une oeuvre la représentation des manières de faire de la vie ordinaire, des savoir-faire les moins institutionnalisés comme des gestes professionnels quotidiennement répétés ?
The MARGE research group (University Jean Moulin-Lyon 3) is proposing a seminar of 4 sessions (4 presenters in a session) investigating the relationships between literature and the anthropology of everyday life. Comparatism must be considered here as a critical approach, based on a dialogue and maybe a « negotiation », on the one hand between the description of literary texts by poetics, and on the other hand, the description of the same texts by the specific tools of cultural anthropology. The notion of « everyday life » has been promoted since the founding studies of « l’Ecole de Annales ». The farreaching epistemological consequences of structural anthropology in the field of humanities, especially in « Cultural studies », tend to put into perspective long established and stable cultural values. Texts and iconic works from the early modern period to contemporary culture must be reconsidered by focusing on ways of doing things, rituals, practices of everyday life. If some literary genres such as autobiographical writings, memoirs, letters, or travel diaries seem to be a favoured fieldwork in such a critical approach, each literary text, whatever its « genre » may be, could be enlightened by a socio-anthropological description, if it deals with the representation and perception of everyday life, with common and even commonplace experience. Possible questions are: What about the cross-relations between literature and ethnological, sociological or anthropological studies? Are they implied or explicit? Do they sometimes share the same method? What is the aim of a literay work that collects and describes everyday realities? Is its only aim to reflect a social reality or is it to say something about a specific literary ability? For the literature researcher, what are the tools used to study the representation of ordinary ways of doing things and know-how?

Bibliographie indicative
- Gérard Althabe, « Ethnologie du monde contemporain et enquêtes de terrain », Terrain, no14, mars 1990.
- Marc Augé, Un ethnologue dans le métro, Paris, Hachette, 1986 ; Pour une anthropologie des mondes contemporains, Paris, Aubier, 1994.
- Maurice Blanchot, “La parole quotidienne”, in L’Entretien infini, Paris, Gallimard, 1969.
- Michel de Certeau, L’Invention du quotidien, Paris, Gallimard, 1990 [1980].
- Ethnologie française, no26, 1996, « La ritualisation du quotidien ».
- Daniel Fabre (dir.), Par écrit, ethnologie des écritures quotidiennes, Paris, éditions de la MSH, 1997.
- Michel Maffesoli, La Conquête du présent : pour une sociologie de la vie quotidienne, Paris, Desclée de Brouwer, 1999, [1979].
- Georges Perec, L’Infra-ordinaire, Paris, Seuil, 1989.- Michael Sheringham, Everyday Life, Oxford University Press, 2006.- Temps zéro, no1, 2007, « Raconter le quotidien aujourd’hui » (http://tempszero.contemporain.info/document68)

 

LITTÉRATURE ET PHILOSOPHIE

Université partenaire organisatrice: Paris Ouest (Nanterre La Défense)

L’« ancien différend » qui, selon Platon, opposait le philosophe au poète, a trouvé une résolution paradoxale avec l’idée de Littérature telle qu’elle fut élaborée par le premier romantisme allemand. Au moment de la fin des grands systèmes de pensée et de la métaphysique, elle devait en prendre la relève et devenir la ressource de la philosophie. De sorte qu’après le long « assujettissement philosophique de l’art » (A. Danto), les philosophes modernes ont cherché dans la littérature la voix oubliée de l’Etre et ont emprunté leurs concepts aux poètes ou aux romanciers, jusqu’à assumer une contamination de la parole philosophique par l’écriture littéraire. La seconde moitié du XXe siècle et les dix premières années du XXIe semblent s’inscrire dans cette perspective : la philosophie allemande (Gadamer, Adorno, Habermas, etc.), la philosophie française, (Ricoeur, Deleuze, Derrida, Michel Meyer, etc.) la philosophie anglo-saxonne (Searle, Nelson Goodman, Rorty, Beardsley, etc.) ont produit un corpus considérable d’oeuvres qui se situent très au-delà des esthétiques traditionnelles et insèrent le fait littéraire dans une réflexion d’ensemble. Pourtant, l’époque postmoderne n’est-elle pas aussi celle de la « post-littérature » ? Et la décadence de cette dernière n’entraîne-t-elle pas avec elle la parole philosophique, ou, du moins, un certain style de philosophie ? A partir de cette problématique actuelle, ce séminaire se propose de revenir sur les enjeux comparatistes du dialogue entre littérature et philosophie. A un axe historique, explorant les grandes influences qui se sont exercées dans les deux sens entre philosophie et littérature depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours, s’ajoutera un axe plus systématique concernant les questions théoriques, esthétiques, voire existentielles que pose ce dialogue. Enfin, l’idée centrale d’une « philosophie de la littérature » incitera à revenir sur la question de savoir comment pense la littérature, quels sont ses moyens propres et de quelle manière elle peut exprimer une philosophie sans concept.

The « ancient quarrel » which, according to Plato, opposed philosophers and poets, achieved a paradoxical resolution in the idea of Literature as elaborated by early German romanticism. At a time when major systems of though and of metaphysics found their dissolution, the idea of Literature took up the baton and became, itself, a philosophical resource. Thus, after the long “philosophical disenfranchisement of art” (A. Danto), modern philosophers began to turn to literature in their search for the forgotten voice of Being, borrowing concepts from poets and novelists and going as far as to admit to the contamination, by literary writing, of philosophic articulation. The second half of the 20th century and the first ten years of the 21st can be seen in terms of this perspective: German philosophy (Gadamer, Adorno, Habermas, etc.), French philosophy (Ricoeur, Deleuze, Derrida, Michel Meyer, etc.), and Anglo-Saxon philosophy (Searle, Nelson Goodman, Rorty, Beardsley, etc.) have all produced a considerable body of work which situates itself above and beyond traditional aesthetics, adjoining the literary to a consideration of the whole. Why then, is the postmodern era not also the era of “post-literature”? Furthermore, why does post-literary decadence not entail philosophical articulation, or at the very least, a certain philosophical style? Taking this central question as our starting point, this seminar proposes a reconsideration of the comparative stakes in the dialogue between literature and philosophy. To the historic axis of study, which will explore the major influences which the philosophical and literary traditions have exercised one upon the other from Antiquity until the present day; one can add a more systematic axis of study, which concerns the theoretic, aesthetic and even existential questions posed by this dialogue. Ultimately, the central idea of a “philosophy of literature” prompts the reconsideration of the question as to how literature “thinks,” as well as its resources and the manner in which literature is able to express a non-conceptual philosophy.

 

LITTERATURE ET SAGESSE PRATIQUE DE LA VIE

Proposition de séminaire ouvert, en 2 séances en partenariat avec l'Université de Paris 8.

« Le jour est encore loin, avait dit Nietzsche, où se joindront à la pensée scientifique les forces artistiques et la sagesse pratique de la vie ». C’est l’imbrication entre la littérature européenne du vingtième siècle et une telle « sagesse pratique de la vie », que ce séminaire se propose d’examiner. En prolongement de l’axe de travail actuel de l’équipe de littérature comparée de l’Université de Paris 8, « Littérature et histoires », le séminaire vise à rassembler chercheurs confirmés spécialistes de différents domaines de la littérature européenne et jeunes chercheurs autour de la question de la littérature comme science et philosophie de la vie. Cette réflexion sera menée en deux séances, la première étant consacrée à un examen chronologique de cette problématique recouvrant l’ensemble du vingtième siècle ; la suivante étant consacrée aux présentations de comparatistes travaillant sur des textes contemporains relevant de ce domaine, y compris des textes ne relevant pas directement d’une tradition européenne (littérature chinoise par exemple). C’est un corpus contemporain de textes de littérature et de philosophie que l’on espère faire émerger, qui se construit autour de la question de l’expérience historique et de sa mise en forme par la double ressource de la pensée critique et de l’imagination. Dans ces textes, où se rejoue la question du rapport de la littérature à la vie, de l’expérience transmise par la littérature à l’expérience vécue, la pensée de la littérature se nourrit d’une pensée de l’actualité, du contemporain, de la survie, ou de la catharsis, selon les auteurs et les contextes d’inscription. C’est le jeu de l’art qui est ainsi relégitimé comme mode de connaissance critique, donnant le plus souvent lieu à des formes d’écriture originales, inclassables, entre la fiction et le document, entre le biographique et le littéraire. Au croisement des corpus historique, littéraire et philosophique, ces textes appellent une réflexion interdisciplinaire et comparative, et un élargissement du champ d’exploration comparatiste.