Liste des ateliers




LITTERATURE ET TERRITOIRES / LITERATURE AND TERRITORIES

ORIENT/OCCIDENT II : ORIENTALISME ET COMPARATISME

ORIENTALISM AND COMPARATIVISM

CELEC (EA 3609), Université Jean Monnet Saint-Étienne
ALITHILA (EA 1061), Université Charles-de-Gaulle Lille III

L’essai fondateur d’Edward Said, Orientalism, est avant tout celui d’un comparatiste, qui prend appui sur un vaste corpus : essais ou fictions sur l’Orient (en fait le Proche-Orient), français, anglais puis américains après la Seconde Guerre mondiale. Sa thèse, inspirée de l’idée foucaldienne de productivité sociale du discours et du concept d’« hégémonie culturelle » empruntée à Gramsci, souligne la relation entre les textes et la constitution d’un mode de discours sur l’Orient. Said montre ainsi le rôle de l’impérialisme européen et de tous les attributs de son autorité (notamment scientifique) dans les constructions de l’Orient. Devenu approche systématique de l’Orient par l’Occident à partir de l’expédition d’Égypte de Bonaparte en 1798, l’orientalisme repose sur un principe de confrontation entre les deux mondes séparés par une sorte de ligne de démarcation, apparu dès l’Antiquité avec Les Perses d’Eschyle ou Les Bacchantes d’Euripide. Foucault évoque, lui, « une ligne de partage » entre deux entités qui forment un négatif l’un de l’autre : Occident antinomique, l’Orient est un Occident inversé, confiné dans une irréductible altérité. Formation discursive caractérisée par l’émergence d’un champ spécifique, l’orientalisme a pu être associé aux peintres du XIXe siècle partant en caravane pour se livrer à un exotisme facile ou, selon le point de vue, se comporter en prédateurs colonialistes. Plus tôt, Marco Polo et le harem du palais des miroirs de l’émir de Boukhara, Gentile Bellini peignant des portraits du sultan à Constantinople ou Rembrandt rêvant l’Orient depuis Amsterdam, Racine et le sérail de Bajazet ou Molière et ses turqueries, Galland et sa traduction des Mille et une nuits ou Montesquieu et ses Lettres persanes, tous entretiennent une fascination pour l’Orient. L’orientalisme concerne la littérature, la peinture mais aussi l’opéra qui apparaît comme un lieu privilégié du rêve oriental, comme avec L’Italienne à Alger de Rossini ou Aïda de Verdi. Mais la rêverie orientale se double aussi de la description scientifique et laisse place à l’énergie conquérante célébrée par Kipling, d’où les analyses de Said. Qu’est-ce que peut apporter l’approche comparatiste à l’étude de l’orientalisme ? La définition de cette notion s’en trouve-t-elle affectée. Telles sont les questions auxquelles cet atelier s’attachera à répondre à partir d’un corpus littéraire (et plus largement artistique) allant de la Renaissance à nos jours. Nous pourrons par exemple nous intéresser aux nouvelles théories dont le comparatisme a pu favoriser l’émergence dans le champ des études orientalistes (renouvellement de la mythocritique, études postcoloniales…). Par ailleurs, sachant que l’orientalisme s’est appuyé sur une forte tradition philologique (Silvestre de Sacy, Renan…), nous pourrons également nous interroger sur la question de la traduction des langues orientales et le rôle joué par ces pratiques dans les échanges interculturels et la constitution d’un discours autre sur l’Orient. Sans nous limiter aucunement à l’Orient de Said, nous envisagerons l’Orient dans toute son extension, allant du « couchant », le Maghreb, au levant, l’Extrême-Orient. Le séminaire s’intéressera, entre autres, aux littératures arabes : étudier leur place dans la littérature comparée implique de réfléchir aux canons des études littéraires sur l’Orient : la recherche comparatiste, qui privilégie toujours les mêmes ouvrages orientaux, ne se construit-elle pas un Orient accessible car traduit, aboutissant toujours aux mêmes conclusions ? En ce sens, la place accordée à la traduction des Mille et une nuits par Galland est un bon exemple ; tout en faisant connaître un texte, il a également fourni une réponse immédiate aux Européens qui cherchaient à lire de la littérature arabe. Cette réflexion sur les canons littéraires, qui est également liée aux questions posées par l’enseignement de ces littératures, pourra être élargie à d’autres aires linguistiques, notamment d’Extrême-Orient. Selon la méthode en contrepoint chère à Said, il s’agirait d’observer comment les théories littéraires européennes peuvent être dépassées par une confrontation à des pratiques et à des représentations différentes.

Said’s Orientalism as a comparative work deals with British and French, and latterly American, Orientalism, and demonstrates how power operates in knowledge. Said argues that the « Orient » is a cultural construction, a body of writing about or concerning the Orient, by Westerners. He points out that the uspsurge in Orientalist study coincided with the period of un paralleled European expansion from 1815 to 1914. Constructing Orientalism as a discourse, Said meets both Foucault et Gramsci, the nexus power/knowledge for the former, the concept of hegemony for the latter. In the wake of Said works, this seminar aims at scrutinizing the contribution of comparative literature and comparative methodology to Orientalism. The Orient will be understood in a larger scope, from Maghreb to Far East, China and Japan, through Middle-East and India or Indonesia. All linguistic areas should be considered, from the (European) Renaissance to nowadays, in literature and arts, as well. The main questions this seminar intends to treat are the following ones : the emergence of new theories at the crossroads of comparative literature and orientalism (postcolonial studies, mythocritics…), the influence of the questions of philology and translation in the construction of a new or different discourse about Orient, the institution of a retricted canon of orientalist literary studies in the West and the process of cultural resistance, the undermining of European literary theories through cultural encounters and confrontations with alternative aesthetics. All readings « against the grain » and in a comparative way of the Orient/Occident relationships are welcomed.

 

THE FANTASTIC ACROSS BORDERS

Fantastic animals, demons, apparitions, surreal entities, hybrid gods have long peopled human fantasy. From Egypt to Ancient Greece, from Rome to Medieval European mentality, uncanny creatures have always inhabited literature, art, folklore, myths and religion. However, although the presence of such entities may be traced as the possible source for the Fantastic tradition in literature, one should turn to the European Gothic of the late 18th century, with Walpole’s Castle of Otranto and Mary Shelley’s Frankenstein, to study the Fantastic as a literary genre. Furthermore, it is as a well-defined genre – with its topoi, sources for plots and character development embraced by Romantic poets, novelists and short story writers in Europe and beyond - that it crosses the 19th century and reaches the 20th century, expanding to become one of the richest and most productive literary genres of all times. As discussed by critics such as Todorov (1975), Vax (1974), Malrieu (1992), Furtado (1980) and Ceserani (2006), among others, there are in fact different “Fantastics”, adapted to local literary traditions, identities and authors’ projects. Does that imply there are no common grounds underlying the Fantastic? In the 21st-century global-village scenario, is there still place for the Fantastic as a genre to be studied? Is there a transnational Fantastic, one creating possible Literary Continents and blurring distances and literary systems, or should it be regarded as a circumscribed literary sub-genre within specific national, linguistic and time borders, thus bearing individual characteristics to be addressed in specific terms? May the Fantastic be regarded as the realm of literary history studies, or may it also be approached from the point of view of language and discourse, thus opening up for Comparative Literary-Linguistic studies? These are some of the issues this group proposal would like to tackle. Individual proposals in English or French addressing, but not restricted to, such questions are welcome.

 

WRITING « WAITING TERRITORIES »

This seminar, at the intersection between history and literature, proposes a study of how « waiting territories » are evoked in 19th to 21st century fiction, in autobiographical writing and first-hand accounts. By "waiting territory" we mean ports, ships, waiting zones at border crossings (Grosse Isle or Ellis island, for example), etc. Are waiting zones really "non-places" (M. Augé, 1992), the location of exile (G. Perec, Ellis Island, 1995)? The aim is to understand if and how the writing of human relationships in these non-national territories makes it possible to compare a diversity of experience on a world level. The study should enable us to envisage questions of temporality ("disoriented time"- F. Hartog, 2003), memory and creation of identity in spaces which are limited by borders which are not national or religious. The challenge is that of a change in critical paradigm in which the tools of comparative literature are particularly useful.

 

GÉOCRITIQUE, LITTÉRATURE COMPARÉE, ET AU-DELÀ

GEOCRITICISM, COMPARATIVE LITERATURE, AND BEYOND

Université de Limoges (EHIC) et Université de Corse (UMR CNRS 6240 LISA)

Depuis que ses principes fondamentaux ont été formulés à Limoges en juin 1999, la théorie géocritique s’est développée sous l’impulsion d’universitaires issus de diverses aires géographiques (Afrique, Amérique du Nord, Europe, notamment) et de plusieurs secteurs disciplinaires (littérature, géographie, philosophie, entre autres). Le congrès de l’AILC de 2013 donnera l’occasion aux chercheurs intéressés de faire le point sur cette nouvelle approche. Il s’agira de dégager les éventuels domaines d’application de la géocritique, de cerner sa spécificité et de tenter d’ouvrir des perspectives innovantes, en littérature comparée et au-delà. Le programme se déroulera sur cinq séances qui accueilleront chacune quatre interventions de quinze minutes, suivies d'une discussion.
I. Géocritique et géophilosophies
II. Géocritique et géopoïétiques
III. Mises en scène et en image de l’espace
IV. StratigraphiesV. Cartographies géocritiques
V. Cartographies géocritiques

 Mots-clés : géocritique ; théorie littéraire ; littérature générale et comparée ; espace ; cartographie ; géographie

Since its basic principles were formulated at Limoges University in June 1999, geocriticism has been developing under the impetus of researchers from diverse areas (mainly Africa, North America, and Europe) and varied disciplinary fields (literary theory, geography, and philosophy, among others). The 2013 ICLA Congress offers an opportunity to all interested scholars to reassess this recent approach in literature studies. Our goal is to present the possible applications of geocriticism, to point out its specific qualities, and to try to open up new vistas in comparative literature and beyond. Five sessions will each host four talks of fifteen minutes, followed by a discussion.
I. Geocriticism and geophilosophies
II. Geocriticism and geopoietics
III. Staging spaces, imaging spaces
IV. StratigraphiesV. Geocritical cartographies
V. Geocritical cartographies

Keywords: Geocriticism, literary theory, comparative literature, space, cartography, geography

 

MIGRATION AND LITERATURE IN CONTEMPORARY EUROPE

Organizing partner: Aix-Marseille University

The aim of our workshop is to offer a transcultural reflection on migration and literature in Europe from the 1950’s onwards. The observation of the evolution of migration literature in Europe will treat the reception of the phenomenon in European scholarship and by the critics as well as its aesthetic and poetic imperatives (state of the art). The overall focus of the workshop intends to go beyond the frequently cited conflicted relationship between national and migration literature. As to the theoretical framework of the workshop we will work with inter/trans-cultural and postcolonial theories. We intend not to work on a country-by-country basis but to formulate pivotal questions that will be treated in international group work.

 

UNE POESIE EUROPEENNE ?

AKHMATOVA ET LES POETES EUROPEENS

Université partenaire organisatrice: Université de Strasbourg

La poésie russe se définit elle-même comme européenne mais aussi par rapport à l’Europe, dans une opposition qui est en même temps une filiation. Après les confrontations entre slavophiles et occidentalistes, cette dualité se condense à l’époque de l’âge d’argent dans une « nostalgie de la culture mondiale », selon l’expression de Mandelstam, dont les porteurs se voient eux-mêmes comme les « derniers romains » d’un monde finissant. Ce monde est celui de la culture européenne dans laquelle ils retrouvent leurs racines, tout en se déclarant profondément russes. Anna Akhmatova, figure emblématique de l’âge d’argent et sa voix au cours des décennies qui ont suivi la disparition de ses compagnons d’écriture, est ainsi l’une des poètes les plus russes par ses thèmes comme par son attachement à la patrie, en même temps que l’un des plus européens par sa culture, sa vision de l’Histoire, sa maitrise des langues. Dès 1910, avec ses premières traductions de Rilke ou ses rencontres avec Apollinaire, elle mène avec les poètes européens un dialogue qu’elle poursuivra tout au long de sa vie et qui, paradoxalement, prendra toute son ampleur dans les années 40 quand tout semble lui faire obstacle : isolée etsolitaire dans un pays lui-même coupé du monde, elle prête sa voix à ses anciens compagnons pour mener avec eux un entretien d’une « douceur brûlante » . Dans ce choeur des poètes, ses interlocuteurs européens occupent une place de choix : Rilke qu’elle imite dans la création de « petits requiems pour les amis » ; Valéry, avec qui elle observe l’Europe de 1914 du haut du « parapet des terrasses d’Elseneur » ; T.S. Eliot à qui elle emprunte les formes pour évoquer la simultanéité des temps historiques. Les poètes contemporains (Rimbaud, Verlaine, Apollinaire, André Theuriet, Maeterlinck..) ou antérieurs (Dante, Shakespeare, Leopardi, Gautier, Hugo, Baudelaire..), de façon manifeste ou cachée, remplissent désormais sa poésie en lui donnant une dimension universelle et une puissance particulière. Cette poésie polyphonique permet de renouveler, par la pratique poétique même, l’interrogation sur l’existence d’une « poésie européenne », unifiée par le regard de celle qui, de son pays à la frontière de deux continents, y est à la fois extérieure et très profondément l’héritière, et de préciser les notions comparatistes traditionnelles d’analogie, de parenté et d’influence à travers une oeuvre composée comme un immense choeur accordé selon de nouvelles lois et faisant de la parole poétique une source, voire la seule, de l’existence, dépassant peut-être ainsi toute notion de poésie nationale pour toucher à l’universel.
Quelques pistes pour articuler cette réflexion :
• Le dialogue avec les poètes européens :
Akhmatova lectrice des poètes européens (Baudelaire, Rilke, Eliot, Leopardi …) et lue par eux (Yves Bonnefoy, Philippe Jaccottet …)
• Akhmatova comme poète européen
L’anglais Isaia Berlin, le français François Mauriac et le polonais Josèph Czapski ont tous trois, dans des contextes différents, qualifié Akhmatova de « dernier poète européen vivant », une vision qui n’est pas si paradoxale, pour un poète aussi attaché à la Russie, si l’on prend en compte sa vision universaliste de l’Histoire et sa relation intime avec l’Europe et sa poésie.
• Traduire Akhmatova
« Chaque poésie est intraduisible, et la mienne en particulier », affirmait volontiers Akhmatova, tout en se réjouissant de chaque nouvelle tentative de traduction de ses propres poèmes, et s’adonnant elle-même, tout au long de sa vie, à la traduction de poètes du monde entier. Les traductions récentes de sa poésie (Jean-Louis Backès, André Markowicz, Marion Graf, Nikita Struve...) ouvrent un champ nouveau pour discuter les problèmes de la transmission de cette parole poétique qui se voudrait transparente et pose de multiples pièges et difficultés pour sa traduction dans les langues européennes. Il s’agit également de réfléchir sur la résonance de cette poésie grâce précisément aux traductions (Requiem dans la traduction française de Michel Aucouturier précède de plus de 20 ans sa publication en russe en URSS en 1987) et, de façon plus générale, sur la traduction comme moyen de faire dialoguer entre elles les cultures, d’établir un lien spirituel capable de créer un espace de rencontre intellectuelle, une « unité littéraire européenne » (W. Weidlé).
• Rééditer Akhmatova
Ce n’est que ces toutes dernières années que sont parus en Russie les textes originaux d’Akhmatova tels qu’elle les avait elle-même préparés pour la publication, reconstitués sur la base des archives (notamment, grâce aux travaux de Natalia Kraineva). Cela invite à relancer le travail de traduction, mené jusqu’ici sur la base des éditions russes des années 60-90, avec des ruptures, des « strophes errantes », de multiples fautes dans les textes souvent liées à la nécessité de contourner la censure soviétique.

 

AESTHETICS AND POLITICS IN TURKEY:

ART, FILM, AND LITERATURE

This seminar will focus on the thematic and formal configurations of the political in contemporary Turkish art, film, and literature. The last few decades of Turkey's cultural history have been marked by developments contrasting with the earlier background of a strong “realist” tradition of political literature, a vibrant industry of apolitical popular cinema, and a marginal corpus of artistic production often without any visible political dimension. Much literary, artistic, and cinematic production in Turkey today is highly innovative and experimental as it engages with an expanded range of political issues in a context of newly acquired local and global visibility. We are interested in delineating the relations between the aesthetic and the political in both the current environment and the longer history of production in these fields, with attention to the intersections and interactions among them. Some of the questions the seminar aims to address in the contemporary Turkish context are: the aesthetics of imagining political subjectivities; the old and new genres and canons for the representation of the political, from biography, autobiography, and the documentary to monuments and street art; ways of remembering and forgetting political events; the impact of international markets; the tensions between the individual and the collective, the private and the public; and the impact of politics on aesthetic expression, from censorship to prizes and sponsorship.