Liste des ateliers




TRANSCONTINENTALES / TRANSCONTINENTAL STUDIES

LES RAPPORTS LITTÉRAIRES ENTRE LA FRANCE ET LE BRÉSIL

Les rapports entre la France et le Brésil datent du XVIe siècle et n’ont jamais cessé d’être littéraires, soit au sens large du mot Littérature, qui comprend les textes des voyageurs français qui passaient par les terres brésiliennes, soit au sens contemporain du terme, qui se fonde sur la notion moderne de Texte – réseau de significations. Patrie d’adoption des intellectuels brésiliens surtout aux XIXe et XXe siècles, comme le montre Pierre Rivas (« Paris capital internacional », in Diálogos interculturais, 2005), la France a toujours occupé la place idéale et souvent problématique d’un modèle culturel choisi : on « vérifiait » Paris, selon Brito Broca (A Vida literária no Brasil – 1900, 1956), tellement on connaissait la ville à partir des lectures qui tant intéressaient les élites brésiliennes ; au lendemain de la Seconde Guerre, on regrettait le remplacement du français par l’anglais dans l’école brésilienne (Paulo Rónai, « Renascença ou declínio da língua francesa ? », O Estado de S. Paulo, 1964) ; d’ailleurs, les plus âgés le regrettent toujours (Ignácio de Loyola Brandão, « Sabendo francês podemos ser mais felizes », O Estado de S. Paulo, 2011). Au XXIe siècle, celui de la mondialisation numérique et de la pulvérisation des modèles, quels rapports littéraires se nouent entre ces deux cultures ? D’abord, dans quelle mesure peut-on rapprocher un adjectif tel « française » ou « brésilienne » au mot « Littérature » ? Quelle littérature française intéresse les intellectuels et les écrivains brésiliens aujourd’hui? Quelle littérature brésilienne est appropriée en France en ce moment ? Sous quel signe – roman, poésie, conte, essai, traduction, hypertexte, autre ? Ce groupe de travail propose d’ouvrir un espace de débats sur les rapports littéraires entre la France et le Brésil, hier et aujourd’hui, manifestés dans toutes leurs formes.

 

EURO-AMERIQUE:

FORMATION D’UNE CULTURE MEDIATIQUE MONDIALE

Ce groupe de travail réunit historiens et littéraires autour du thème proposé : le comparatisme comme approche critique. En travaillant, d’une part, sur les phénomènes du transfert culturel de la presse France-Brésil, et d’autre part, sur des phénomènes similaires entre la France et le Mexique, on aboutira à une importante et intéressante extension de la compréhension de la presse, ce « vecteur de la mondialisation » qui s’est développé pendant le XIXème, si on s'engage à deux pays américains, en partenariat avec des chercheurs français, dans la recherche des relations entre la circulation de la presse et la naissance d’une « civilisation du journal ». Les mouvements pour l’indépendance des colonies portugaise et espagnoles de l’Amérique se sont alignés sur l’émergence des identités nationales. À cet égard, la circulation des imprimés, spécifiquement celle de la presse, en considérant une échelle nationale, transaméricaine ou transcontinentale, a représenté à la fois la source et le cheminement de la diffusion du nationalisme. D’autre part, ce processus est parvenu tout au long du XIXème à l’instauration de quelques pratiques dérivées de la circulation des idées et à des échanges matériels et symboliques et ces mêmes transferts ont contribué, paradoxalement, à outrepasser les frontières nationales en s’engageant dans la mondialisation. Soit en Littérature, soit en Histoire, l’idée de comparaison est la plupart du temps liée aux découpages nationaux des sujets d’analyse. Pour les discussions de ce groupe de travail, nous nous inscrirons dans l’idée d’un point de départ national pour les objets d’analyse, qui, lors de son voyage vers l’établissement au point d’arrivée, devient immédiatement supranational. Cela est dû, entre autres, à la circulation rapide et chaque fois plus massive de la presse, responsable, en fin de compte, de l’expansion d’une culture médiatique mondiale.

 

LECTURES CONTEMPORAINES DU CONCEPT D´ANTHROPOPHAGIE

L´atelier a pour but la discussion de la façon comme l´art et la critique littéraire brésiliennes font actuellement la relecture du concept d´anthropophagie pour travailler les questions relatives aux rapports interculturels, dans le contexte de la mondialisation. Conçu dans les années 20 du siècle XX par l´écrivain brésilien Oswald d´Andrade, la notion d´anthropophagie était, en principe, un dispositif qui rompait avec l´isolement théorique du moment, en obéissant une perspective nationaliste, mais par le biais de la vision universaliste. La relecture actuelle du concept prend, comme point de départ, la pensée de l´anthropologue brésilien Eduardo Viveiros de Castro, dans son apologie du perspectivisme amérindien. L´atelier vise présenter et discuter les manifestations artistiques et critiques contemporaines, à partir de l´ interprétation des rapports établis entre le national et l´étranger, le local et le global, en vue de proposer une méthodologie comparatiste capable de révéler la complexité des relations entre les diverses cultures dans une époque marquée para la rupture des dichotomies.

 

LE COMPARATISME FRANCE/BRESIL : UN BILAN CRITIQUE

Atelier organisé par Paris 10 - Nanterre la Défense

La constitution d’un espace comparatiste franco-brésilien exigea bien des efforts de compréhension mutuelle et d’analyse, tout en demeurant le terrain d’autant de leurres et de malentendus. Si dès l’origine des relations entre les deux pays, toute hypothèse coloniale, après le double échec de la France antarctique (1560) et de la France équinoxiale (1614), se trouva écartée, la position tutélaire ou dépendante de l’un à l’autre continua de régler les contacts entre les deux aires culturelles. Bien que la France, à travers des personnalités comme Ferdinand Denis ou Henri Ternaux-Compans, se soit très tôt intéressée à l’aire brésilienne, cet intérêt s’est souvent accompagné de l’illusion selon laquelle le domaine français jouerait un rôle d’éclaireur et de modèle, alors qu’outre-Atlantique on se serait contenté d’osciller entre attraction et rejet, imitation et parodie. Ce dialogue intransitif invite à revisiter aujourd’hui l’asymétrie apparente des « circulations culturelles » entre les deux pays. Historiquement, les distorsions de perspective s’enracinèrent dans la singularité du processus d’indépendance brésilien et celle du travail de constitution d’une littérature nationale qui l’accompagna pendant tout le XIXe siècle. L’Empire des dom Pedro s’inscrivit dans une progressive émancipation non disjonctive, appuyée sur la référence à la pensée française conçue pendant très longtemps comme une opportunité pour s’affranchir de la tutelle ibérique. Le modèle français permit ainsi la revendication d’une autonomie fondée sur l’imitation de modèles universalisants. De là découla une première série de méprises, quand ce qui pouvait être tenu pour une stratégie fut conçu comme un fait incontestable. Mais c’est aussi un ensemble de spécificités qui mériteraient une réflexion plus fine de l’analyse critique (l’intériorisation de la dépendance, la rébellion et le rejet…). C’est sur ce fond qu’émergea aussi le mythe latin, marquant profondément les prémices de l’approche comparée de l’Amérique du sud en France, comme en témoignent les avatars de la chaire de Langues et Littératures de l’Europe Méridionale, créée en 1846 pour Edgar Quinet au Collège de France, puis occupée successivement par Alfred Morel-Fatio, Paul Hazard et Marcel Bataillon. Dans les premières décennies du XXe siècle, les nombreux contacts directs entre intellectuels et écrivains brésiliens et français maintinrent et enrichirent la relation privilégiée entre les deux espaces, sans pour autant en lever les ambiguïtés. Ce point d’intersection a longtemps été le champ des comparatistes brésiliens, le jeu des influences et des réceptions réciproques occupant la plupart des travaux. Ainsi, nous pouvons constater que l’histoire du comparatisme franco/brésilien met en perspectives les difficultés à construire un travail d’analyse affranchi des présupposés antérieurs. On mesurera aisément les raisons, en dépit des travaux contemporains de Daniel-Henri Pageaux et de Pierre Rivas, du quasi oubli que réserve aujourd’hui encore au domaine brésilien le comparatisme français, alors même que, d’Antonio Candido à Haroldo de Campos, la théorie littéraire contemporaine brésilienne interprète sa propre littérature comme consubstantiellement comparatiste. Aujourd’hui, les voies de ce comparatisme sont appelées à se diversifier, à partir d’une remise en cause des circulations antérieurement privilégiées. On assiste ainsi à l’éclosion d’une part d’un comparatisme sud américain qui conteste la centralité de l’Europe et d’autre part à l’usage de plus en plus approfondi des concepts de transculturation, d’hybridation et de métissage qui permettent d’aborder la complexité des échanges culturels dont les oeuvres sont à la fois les agents et les cristallisations. Ce type d’expérimentation proprement comparatiste, dictée par les spécificités d’une littérature travaillée en profondeur par les apports extérieurs, rencontre opportunément les préoccupations de tous les chercheurs contemporains, quels que soient leur terrain, tant il leur est impossible d’ignorer l’instabilité de toutes les frontières interculturelles, la complexité des héritages comme celle des échanges contemporains. C’est également ce qui justifie l’exemplarité de l’axe franco/brésilien dans le cadre d’une réflexion théorique sur la discipline. Dans tous les cas, il pourrait être utile de dresser un nouvel état des cartes, de reconfigurer centre et circonférence d’une discipline qui ne peut se croire partout sans s’absenter de quelque part. Cet atelier se propose donc d’engager, à partir des pratiques comparatistes brésiliennes et françaises, une réflexion sur les nouveaux horizons ouvert par la confrontation entre des espaces littéraires définis de manière inappropriée comme centraux et périphériques. Trois points permettront d’organiser les communications :
- Une réflexion sur la validité des concepts qui permettent, de part et d’autre de l’Atlantique, la mise en relation des deux espaces(transculturation, hybridation, anthropophagie, métissage, transfert culturel, traduction…)
- Une reconfiguration ou un réexamen de pratiques comparatistes, qui admirent ou rejetèrent l’écriture de l’histoire littéraire brésilienne à partir des chronologies européennes
- L’imitation, l’influence et la réception en situation de dissymétrie.

 

LES FRANCOPHONIES LITTERAIRES

ET LES TRANSCONTINENTALITES

Pannel de chercheurs en Littératures francophones sur les questions de l'intertextualité, sur les pratiques et les champs auctoriaux. Comparaison des théories francophones et postcoloniales. Poétique de l'altérité. Imaginaires de l'échange. Les francophonies littéraires dessinent un espace culturel et linguistique qui connaît de profondes mutations reflétées par la critique de la dernière décennie. Elles ne se définissent plus en regard du centre métropolitain, mais se réalisent dans des spatialités de plus en plus complexes et mobiles, voire labiles. Leur inscription dans le jeu des continents s’y déploie de façon organique, si bien que le terme, au pluriel, transcontinentalités semble fécond pour rendre compte des processus en cours qui ressortissent à la fois à un « de part en part » et à un « au-delà » (trans-) de ce qui ferait les continentalités littéraires. Dans quelle mesure la renégociation et parfois la précarité des spatialités scripturaires affectent-elles les discours théoriques et critiques ?